Le marsouin de Burmeister est un cétacé discret des côtes sud-américaines, encore mal connu malgré sa présence dans divers écosystèmes marins. Rarement observé en mer, il suscite aujourd’hui l’intérêt grandissant des biologistes marins.
Description et caractéristiques du marsouin de Burmeister
Le marsouin de Burmeister (Phocoena spinipinnis) est un petit cétacé à dents appartenant à la famille des Phocoenidae. Il possède un corps trapu, une tête arrondie sans rostre saillant, et une nageoire dorsale triangulaire ornée de tubercules cornés, surtout marqués chez les mâles adultes.
Il mesure entre 1,5 et 1,8 mètre et pèse entre 55 et 75 kg. Les femelles sont en général légèrement plus grandes que les mâles, ce qui constitue un dimorphisme sexuel typique chez les marsouins.
Le dos est de couleur sombre, souvent gris foncé à noir, les flancs sont plus clairs et le ventre blanchâtre. L’apparence discrète du marsouin de Burmeister le rend difficile à repérer en mer.
L’une de ses singularités les plus intrigantes est la présence de tubercules cornés sur sa nageoire dorsale, probablement liés à la reproduction ou aux interactions sociales. Sa dentition, composée de 17 à 22 dents par demi-mâchoire, est parfaitement adaptée à la capture de proies glissantes.
Il utilise un système d’écholocation très performant, ce qui lui permet de se déplacer et de chasser dans des eaux turbides, où la visibilité est faible.
Habitat et répartition du marsouin de Burmeister
Le marsouin de Burmeister habite les eaux tempérées côtières de l’Amérique du Sud. On le retrouve aussi bien sur la côte pacifique que sur la côte atlantique, à des profondeurs allant de 10 à 150 mètres.
Il est présent du sud du Brésil au sud du Pérou, en passant par l’Argentine, le Chili et l’Uruguay. Ce cétacé évite les zones tropicales, préférant les régions influencées par le courant de Humboldt, riche en nutriments.
Les zones qu’il fréquente sont souvent proches des estuaires, des baies ou des plateformes continentales, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux activités humaines.
| Zone géographique | Amérique du Sud |
|---|---|
| Latitude | 5°S à 55°S |
| Profondeur | 10 à 150 m |
| Température | 10°C à 18°C |
| Type d’habitat | Côtier, estuaire |
L’espèce est difficile à observer en milieu naturel : elle évite les bateaux et ne saute presque jamais hors de l’eau, ce qui rend les relevés visuels peu fiables. La plupart des informations proviennent donc d’échouages ou de prises accidentelles dans les filets de pêche.
Alimentation et comportement du marsouin de Burmeister
Le régime alimentaire du marsouin de Burmeister est basé sur des poissons benthiques, des céphalopodes, notamment les calmars, et des crustacés. C’est un prédateur opportuniste, capable d’adapter son menu selon la disponibilité locale des proies.
Il chasse en général en solo ou en petits groupes de deux à cinq individus. Ses plongées sont courtes, de 2 à 4 minutes, allant rarement au-delà de 50 mètres de profondeur.
Le marsouin de Burmeister se montre discret : ses déplacements sont lents, souvent en surface, bien qu’il puisse aussi s’éloigner rapidement en cas de danger. Contrairement à d’autres cétacés, il ne semble pas former de structures sociales complexes.
Son activité est à la fois diurne et nocturne, avec une tendance à intensifier la chasse au soleil levant et au crépuscule. Les données acoustiques disponibles indiquent des émissions sonores simples, suggérant une communication rudimentaire.
Reproduction et cycle de vie du marsouin de Burmeister
Les connaissances sur la reproduction de cette espèce sont encore partielles. Il semblerait cependant que les naissances aient lieu entre novembre et février, en plein été austral.
La gestation dure entre 10 et 11 mois, donnant naissance à une seule progéniture, mesurant entre 70 et 80 cm. L’allaitement se prolonge entre 6 et 8 mois, au cours desquels le jeune reste très proche de sa mère.
La maturité sexuelle est atteinte vers 3 ou 4 ans chez la femelle, un peu plus tard chez le mâle. L’espérance de vie moyenne est d’environ 20 ans, bien que certains individus puissent vivre au-delà si l’environnement reste favorable.
La reproduction est peu fréquente, avec des gammes de plusieurs années entre deux mises bas. Ce faible taux de reproduction augmente la vulnérabilité des populations face aux pressions environnementales.
Menaces et relations du marsouin de Burmeister avec l’homme
Bien que rarement vu, le marsouin de Burmeister subit de plein fouet les activités humaines. La principale menace reste la capture accidentelle dans des filets de pêche, notamment les filets maillants utilisés dans la pêche côtière artisanale.
Dans certaines zones, en particulier au Pérou et au Chili, l’espèce est chassée illégalement pour sa viande, utilisée comme appât pour attirer les requins. Ces pratiques se poursuivent surtout dans des régions peu contrôlées.
Les sources de danger incluent également :
- Pollution marine, tant chimique que plastique
- Pollution sonore due au trafic maritime croissant
- Dégradation des habitats côtiers, liées à l’urbanisation
- Changement climatique affectant les proies disponibles
Le peu de données disponibles complique aussi l’analyse de la situation. Plusieurs ONG locales et internationales mènent des actions de sensibilisation et développent des solutions techniques pour limiter les prises accidentelles, notamment via des dispositifs acoustiques dissuasifs.
Statut de conservation des populations du marsouin de Burmeister
L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe le marsouin de Burmeister dans la catégorie “Données insuffisantes (DD)”. Ce statut souligne à quel point les éléments sur ses effectifs, sa biologie et ses tendances démographiques manquent cruellement.
Certaines études régionales font pourtant état de déclins alarmants. En Argentine, par exemple, des captures accidentelles fréquentes ont été enregistrées dans les années 2000, sans que des données plus récentes ne soient disponibles.
Ce cétacé bénéficie toutefois de protections internationales :
- Inscription à la CITES (Annexe II), qui réglemente son commerce
- Convention de Bonn (CMS), sur les espèces migratrices
- Accords régionaux en cours pour la conservation des cétacés sud-américains
Des projets de conservation sont menés en collaboration avec des structures comme ProDelphinus, une ONG péruvienne qui forme les pêcheurs à une pêche durable.
Rôle écologique du marsouin de Burmeister dans l’écosystème
Le marsouin de Burmeister remplit une fonction essentielle : il agit comme prédateur intermédiaire dans les chaînes alimentaires marines de la zone côtière sud-américaine. Sa présence permet de réguler les populations de poissons démersaux, de calmars et de petits crustacés.
Parce qu’il est sensible aux changements de son environnement, sa présence et son abondance peuvent être considérées comme un indicateur de santé des écosystèmes côtiers.
Il est également prédaté par de grands requins et des orques, bien que ces cas soient rarement observés. En tant qu’espèce intégrée à une dynamique écologique complexe, il joue un rôle dans l’équilibre général des communautés marines.
Le marsouin de Burmeister dans la culture et l’imaginaire collectif
Comparé à d’autres dauphins et cétacés emblématiques, le marsouin de Burmeister fait figure de grand inconnu. Il est absent des représentations populaires et peu mentionné dans les traditions orales des peuples côtiers.
Toutefois, dans certaines communautés de pêcheurs du sud du Pérou, il est surnommé “chancho marino”, soit “cochon de mer”, en raison des sons qu’il émet. Cette appellation témoigne d’une connaissance locale empirique transmise de génération en génération.
De plus en plus d’artistes engagés en Chili et en Argentine intègrent ce marsouin dans leurs fresques murales ou installations publiques sur le thème de la biodiversité. Il s’impose peu à peu comme symbole discret d’un patrimoine marin fragile.
Le saviez-vous sur le marsouin de Burmeister ?
- Le nom “Burmeister” rend hommage au zoologiste argentin Hermann Burmeister, qui a décrit officiellement l’espèce en 1865.
- En 2022, des chercheurs chiliens ont réussi à enregistrer les clics d’écholocation de cette espèce pour la première fois, offrant un nouvel outil pour les suivis non invasifs.
- Certains individus présentent une nageoire dorsale asymétrique, un phénomène qui reste encore non élucidé par la science.
Notre dernier mot sur le marsouin de Burmeister
Le marsouin de Burmeister est un cétacé discret, mystérieux et menacé. Son écosystème côtier est l’un des plus vulnérables aux pressions humaines, pourtant il reste largement ignoré des politiques de conservation.
Sa préservation nécessite une meilleure connaissance de l’espèce, une réduction des captures accidentelles, et une valorisation culturelle locale qui renforcerait l’attachement des populations côtières à ce petit habitant marin.
Ce marsouin modeste mais essentiel mérite une place plus visible dans nos efforts de protection de la biodiversité marine.