Le phoque du Groenland est une espèce emblématique des régions arctiques, reconnue pour son apparence unique et son importance écologique. Découvrez ce mammifère fascinant, à la croisée des grands équilibres marins et climatiques.
Description et caractéristiques du phoque du Groenland
Le phoque du Groenland (Pagophilus groenlandicus), également appelé phoque à selle, est un phocidé de taille moyenne parfaitement adapté à la vie en mer glacée. À l’âge adulte, il mesure entre 1,70 et 2 mètres pour un poids variant de 130 à 180 kg, les mâles étant légèrement plus corpulents.
Son pelage est très distinctif : les adultes possèdent une robe argentée traversée par une tache noire en forme de harnais sur le dos. Les petits, ou blanchons, naissent recouverts d’un duvet blanc dense, leur assurant une excellente isolation thermique pendant leurs premières semaines de vie.
Ce mammifère possède un corps hydrodynamique, des nageoires puissantes et une tête arrondie aux narines fentes. Il est capable de plonger jusqu’à 300 mètres et peut rester en apnée durant plus de 15 minutes. Ce sont des adaptations essentielles pour la chasse en mer.
Doté de capacités sensorielles développées, il détecte ses proies même dans l’obscurité. Son épaisse couche de graisse sous-cutanée assure à la fois une protection thermique et une réserve d’énergie pendant les périodes de jeûne ou de mue.
Habitat et répartition du phoque du Groenland
Le phoque du Groenland fréquente principalement les eaux froides de l’Atlantique Nord et de l’Arctique. C’est une espèce migratrice qui parcourt de longues distances annuellement pour rejoindre ses zones de reproduction, de mue et d’alimentation.
On distingue trois grandes populations principales :
- La population de la mer Blanche (Russie)
- La population du front atlantique canadien (Golfe du Saint-Laurent, Terre-Neuve)
- La population de la mer du Groenland (entre le Groenland et la Norvège)
Chaque année, ces groupes peuvent effectuer des migrations de plus de 5 000 km, suivant la glace et les ressources. Leurs déplacements dépendent directement de la disponibilité de banquise flottante, utilisée pour la reproduction.
| Zone clé | Données principales |
| Longueur adulte | 170 à 200 cm |
| Poids moyen | 130 à 180 kg |
| Profondeur de plongée | Jusqu’à 300 m |
| Durée d’apnée | 15 à 20 min |
| Espérance de vie | 25 à 35 ans |
| Population estimée | 7,6 millions (2020) |
| Statut UICN | Préoccupation mineure |
Alimentation et comportement du phoque du Groenland
Le phoque du Groenland est un prédateur opportuniste, dont le régime alimentaire varie selon les saisons et les lieux. Il consomme principalement des poissons (capelan, hareng, morue, merlan bleu), des crustacés (krill, crevettes), et des céphalopodes comme les calmars.
Il chasse en plongée, le plus souvent en groupe, et peut ingérer jusqu’à 5 % de son poids corporel chaque jour. Cette stratégie permet une grande flexibilité en fonction des ressources disponibles.
C’est une espèce très grégaire, vivant en colonies impressionnantes lors des phases de reproduction et de mue. Les échanges sonores — vocalisations spécifiques — sont fréquents, facilitant la reconnaissance entre mères et petits.
Même s’il vit majoritairement en mer, il utilise régulièrement la glace pour se reposer, muer ou élever les jeunes. Il est capable de créer ou d’agrandir les trous dans la glace afin de respirer et émerger en sécurité.
Reproduction et cycle de vie du phoque du Groenland
Le cycle reproductif du phoque du Groenland est synchronisé avec les cycles de la banquise. La période de mise bas s’étend de février à mars, selon les populations, sur les glaces dérivantes loin des côtes.
La femelle donne naissance à un seul blanchon après environ 11 mois de gestation. À sa naissance, il pèse près de 10 kg et mesure environ 85 cm. Il est nourri pendant une période très brève, de 12 à 15 jours, au cours de laquelle son poids triple.
Après le sevrage, la femelle s’accouple à nouveau. Un phénomène de diapause embryonnaire permet un décalage du développement pendant plusieurs mois, afin de synchroniser la naissance avec l’hiver suivant.
Les jeunes phoques restent isolés plusieurs semaines sur la glace, période critique durant laquelle ils apprennent à chasser et nager. Le taux de survie est faible à cause du climat rigoureux et des prédations.
La maturité sexuelle est atteinte entre 4 et 6 ans, et leur espérance de vie moyenne dans la nature est d’environ 30 ans.
Relations du phoque du Groenland avec l’homme et menaces
Le phoque du Groenland a longtemps été exploité par l’homme pour sa fourrure, son gras et sa viande. Les campagnes commerciales visant les blanchons ont déclenché une vive opposition à partir des années 1970.
Aujourd’hui encore, des prélèvements subsistent au Canada, en Norvège et en Russie, principalement dans les communautés autochtones ou à des fins commerciales sous contrôle strict.
Les principales menaces qui pèsent sur l’espèce incluent :
- La fonte de la banquise liée au réchauffement climatique
- La pollution chimique (notamment mercure, PCB)
- Les captures accidentelles dans les filets de pêche
- Le bruit sous-marin, perturbant leur communication
Selon une étude de 2023 parue dans Nature Climate Change, la diminution des surfaces de glace pourrait entraîner une chute de 50 % des naissances dans certaines zones d’ici 2050.
Statut de conservation des populations du phoque du Groenland
Malgré les menaces, le phoque du Groenland est aujourd’hui classé en Préoccupation mineure par l’UICN. Sa population mondiale, estimée à 7,6 millions d’individus, le place parmi les pinnipèdes les plus abondants.
Cependant, cette abondance cache des inégalités régionales. Dans des zones comme le golfe du Saint-Laurent, les indicateurs montrent des tendances au déclin, souvent liées à la réduction de la banquise.
Des efforts de monitoring sont en place dans les pays concernés pour évaluer les variations de population. L’Union européenne a interdit la commercialisation de produits dérivés du blanchon depuis 2009.
Rôle écologique et place du phoque du Groenland dans l’écosystème
Dans les environnements arctiques, le phoque du Groenland joue un rôle clé en tant que prédateur intermédiaire. Il régule les populations de poissons et crustacés et contribue à la stabilité des réseaux trophiques marins.
À l’inverse, il constitue une source alimentaire majeure pour plusieurs prédateurs comme :
- L’ours polaire, prédateur spécialiste des blanchons
- L’orque, qui cible les adultes en mer
- Le requin du Groenland, vivant dans les grands fonds
Lors des rassemblements saisonniers, les colonies enrichissent localement les fonds marins en éléments nutritifs via leurs excréments, stimulant la productivité des écosystèmes.
Son lien direct avec la banquise fait du phoque du Groenland un indicateur précieux du changement climatique en milieu polaire.
Le phoque du Groenland dans la culture et l’imaginaire collectif
Le phoque du Groenland occupe une place importante dans les récits culturels du Grand Nord. Pour les peuples inuit ou nordiques, il est à la fois une source de survie et un être symbolique, intégré dans les mythes et chants traditionnels.
Dans le monde occidental, il est devenu un symbole fort de la cause environnementale durant les années 1980, notamment à travers les campagnes de sensibilisation contre la chasse aux blanchons.
Des personnalités et associations comme Greenpeace ou Brigitte Bardot ont apprécié son côté emblématique pour alerter sur la protection des animaux et de l’environnement. Le film « The White Seal » a également renforcé cette image dans la culture populaire.
Le saviez-vous sur le phoque du Groenland ?
- Le lait maternel du phoque du Groenland contient plus de 50 % de matières grasses.
- Les blanchons ne nagent pas avant plusieurs semaines, ce qui les rend très vulnérables.
- En 2022, un phoque du Groenland a été observé sur une plage en Bretagne – un voyage de plus de 2 000 km !
Notre dernier mot sur le phoque du Groenland
Le phoque du Groenland incarne à la fois la résilience et la fragilité des écosystèmes polaires. Maillon essentiel de la biodiversité arctique, il est aussi le reflet des impacts globaux du climat sur les espèces.
Le protéger, c’est investir dans la préservation des équilibres marins et du patrimoine naturel mondial.