Le manchot à jugulaire, reconnaissable à la bande noire qui orne sa gorge, est une espèce emblématique des terres glacées de l’Antarctique. Ce manchot sociable et résistant incarne l’adaptabilité de la faune polaire face à des conditions extrêmes.
Description et caractéristiques du manchot à jugulaire
Le manchot à jugulaire (Pygoscelis antarcticus) est un oiseau marin de taille moyenne appartenant à la famille des Spheniscidae. Il se distingue par une fine ligne noire sous le menton, qui ressemble à une jugulaire de casque, d’où son nom commun. Comme le manchot empereur, il possède un plumage adapté pour résister au froid intense de l’Antarctique.
Il mesure entre 68 et 76 cm et affiche un poids stable entre 3,5 et 5 kg. Son plumage noir dorsal et blanc ventral lui assure un camouflage parfait lorsqu’il nage : vu du dessus, il se confond avec l’océan sombre ; vu du dessous, il se fond avec la lumière filtrant à travers la surface.
Son bec noir orangé et ses yeux cerclés de noir accentuent son expression vive. Ses pattes palmées rose pâle sont parfaitement adaptées à la nage en eau froide. Il plonge jusqu’à 70 mètres de profondeur à la recherche de nourriture.
Vivant dans des colonies denses pouvant regrouper plus d’un million d’individus, il est connu pour ses comportements bruyants, sa sociabilité marquée et un tempérament territorial très affirmé pendant la saison de reproduction.
Répartition et habitat du manchot à jugulaire
Le manchot à jugulaire est principalement présent sur les côtes de la péninsule Antarctique et les îles subantarctiques voisines, comme les îles Shetland du Sud, l’île de la Déception, l’île Paulet ou encore l’île Bouvet. Ces régions abritent également d’autres espèces comme le albatros hurleur, qui partage le même habitat.
Il se développe entre les latitudes 60° et 65° Sud, soit dans des zones à faible végétation, presque exclusivement rocheuses. Les températures y oscillent entre -1°C et 2°C. Il établit ses nids à des altitudes qui varient de 0 à 300 mètres, souvent sur des pentes escarpées surplombant l’océan.
Hors période de reproduction, il est essentiellement pélagique : il passe des semaines en mer ouverte, loin des côtes, dans des eaux riches en krill. Il suit les courants froids et adaptent ses déplacements en fonction de la disponibilité en proies.
Alimentation et comportement du manchot à jugulaire
Le manchot à jugulaire est un prédateur marin spécialisé qui se nourrit principalement de krill antarctique (Euphausia superba), qui constitue jusqu’à 95 % de son régime. Il consomme également des poissons (comme des notothénies) et des céphalopodes. Il partage cette caractéristique de régime alimentaire basé sur le poisson avec le cormoran huppé.
C’est aussi un excellent nageur, atteignant jusqu’à 27 km/h sous l’eau. Il effectue des plongées en apnée de 2 à 3 minutes, parfois jusqu’à 200 fois par jour, en particulier lorsqu’il nourrit ses poussins durant la saison de reproduction.
En colonie, il se montre extrêmement vocal et combatif. Chaque individu utilise des cris stridents pour défendre son nid, attirer son partenaire ou dissuader des intrus. Les bagarres de becs et les battements d’ailes sont fréquents dans ces rassemblements denses.
Reproduction et cycle de vie du manchot à jugulaire
La reproduction du manchot à jugulaire débute en novembre, au début de l’été austral. Les couples, souvent monogames pour la saison, se retrouvent sur le même site chaque année, parfois sur le même nid. Ce comportement monogame est également observé chez d’autres espèces comme le guillemot de Brünnich.
Le nid est formé à l’aide de petits cailloux, patiemment collectés ou habilement subtilisés à des voisins. La femelle pond deux œufs, incubés successivement par les deux parents pendant environ 35 jours.
À l’éclosion, les poussins sont couverts d’un duvet gris. Ils sont nourris par régurgitation pendant leur premier mois. Ensuite, ils rejoignent une crèche collective, formée de jeunes sous la surveillance de quelques adultes.
L’autonomie est acquise vers 50 à 60 jours. La maturité sexuelle est atteinte entre 3 et 8 ans, en fonction des ressources disponibles. Leur espérance de vie dans la nature varie de 15 à 20 ans.
Menaces et interactions avec l’homme
Bien qu’éloigné de toute présence humaine permanente, le manchot à jugulaire n’est pas épargné par les impacts des activités humaines. Il est principalement menacé par :
- Le changement climatique, qui réduit la banquise et modifie la distribution du krill, un problème rencontré également par d’autres espèces marines comme le baleine bleue.
- La surpêche du krill destinée à l’alimentation animale et aux compléments nutritionnels
- La pollution marine (hydrocarbures, plastiques, microplastiques)
- Le tourisme en Antarctique, qui perturbe la nidification malgré des réglementations strictes
Des études à long terme révèlent des tendances contrastées : certaines colonies, comme sur l’île de l’Éléphant, ont chuté de plus de 50 % en 50 ans ; d’autres, plus au sud, montrent une croissance. Cela pourrait refléter une adaptation progressive à de nouvelles conditions environnementales.
